[Négationnisme 3] – L’argumentaire « château de cartes »

La démarche hypercritique, classique du négationnisme, s’accompagne bien souvent d’une approche argumentative de type « château de cartes ». Théorie que l’on nommee aussi pafois « théorie des dominos ». De quoi s’agit-il ? Qu’est-ce que cela prouve ?


Argumentaire - château de carte - intro - Notions d'Histoire

« Château de carte » et joker réflexif


Derrière cette expression ludique se cache une réflexion pour le moins problématique et pourtant si cher aux discours hypercritiques. L’idée est qu’une thèse est construite comme un château de cartes. Chaque carte serait un élément de preuve ou une démonstration qui étaye et consolide la structure complète de la thèse.

Si donc on réfute l’un de ces éléments ou si on en démontre l’invalidité, alors on retire cette carte provoquant ainsi l’effondrement de la structure complète.

Bien souvent, il est donc question d’attaquer un point de détails facilement critiquable pour l’invalider et par rebond, réfuter l’intégralité de la thèse. Il n’y a donc plus de nécessité à réfuter tous les arguments, preuves et démonstration, il suffit d’en réfuter un seul et tout est alors considéré comme faux.

Imaginez donc que vous produisiez un dossier complet de manière très rigoureuse. Il suffirait alors qu’on décrédibilise le point 27 sur 42 pour pouvoir affirmer sans vergogne que toute votre production n’est pas fiable. Sans prendre la peine de réfuter les 41 autres points.

argumentaire château de carte - Notions d'Histoire.jpg
La malhonnêteté du principe en une image.

Vous trouvez cela malhonnête et peu rigoureux ? C’est probablement parce que c’est le cas. La réfutation d’une thèse ne fonctionne pas ainsi.

Quel « château de carte » dans notre cas ?


Il est vaste et fonctionne sur plusieurs niveaux et en entraînant des répercussions multiples. Pour simplifier la démarche du document, reprenons par points.

Premièrement, l’auteur « réfute » (enfin il pense avoir réussi à réfuter) l’utilisation de la chambre à gaz de Dachau. Si celle-ci et ses éléments de preuves ne sont pas fiables, alors pour les autres chambres à gaz, ce n’est pas fiable non plus. L’idée derrière est de réfuter le rôle des chambres à gaz dans le génocide juif.

Sauf que, comme écrit dans la mise en garde du document, il y a bien eu une chambre à gaz réalisé dans un bjectif criminel et elle a bien été utilisée.

Autre point de l’argumentaire, l’auteur « démontre » l’absence de fiabilité des témoignages et « démontre » qu’on ne peut établir une réflexion dessus. Or la thèse génocidaire selon l’auteur est fondée sur les témoignages et de ce fait, elle n’est donc pas fiable.

Enfin, l’auteur « démontre » que la thèse génocidaire est réfutable et réfutée, ce qui en conséquence fait s’écrouler les témoignages concentrationnaires, le nombre de morts, etc.

Pour finir, après une rapide analyse, on se retrouve donc en plein dans la logique négationnisme avec quelques exemples des plus typiques de la réflexion « château de cartes. »

On tape dans le très haut du panier, avec une démarche très rigoureuse. J’ai rarement eu le droit à une réflexion intellectuelle aussi poussée. Il y a de quoi rendre jaloux le CNRS, je ne suis pas habitué : la preuve, quelques-uns de mes neurones se sont suicidés.

Neurone flingué - Notions d'Histoire.jpg
Devant la logique des « arguments », je ne peux que me rendre.

Qu’en est-il pour finir ?


Si vous êtes un peu logique, un brin rigoureux et que vous parvenez à esquiver la tentative d’AVC, vous aurez comme moi plusieurs objections à la réflexion négationniste du document :

  • Les témoignages ne peuvent être utilisés selon l’auteur. Pourtant, il n’utilise que cela pour fonder son argumentaire. Paradoxe. Est-ce à dire que selon l’auteur lui-même, ses propres propos n’ont aucune valeur ? Le comique de la logique hypercritique et de la dissonance cognitive.

Dissonance cognitive du négationniste - Notions d'Histoire.jpg

  • Affirmer que la thèse génocidaire ne repose que sur des témoignages est soit une méconnaissance du sujet, soit un mensonge éhonté. L’Histoire du génocide juif possède un corpus de témoignages conséquent, c’est un fait. Mais cette thèse ne repose pas que sur cela, bien au contraire.
  • Un témoignage n’est pas reçu de manière brute par l’Historien. Il est analysé, contextualisé, confronté aux sources, traité pour en déterminer le niveau de fiabilité. Contrairement à ce qu’affirme l’auteur, en Histoire, il y a de nombreux travaux d’historiographie concernant l’Histoire, les témoignages et la mémoire. Les propos de l’auteur sont donc très largement erronés.
  • L’idée que la thèse génocidaire est réfutable et non-fiable se heurte à la masse de documents, matériaux et sources qui se corroborent à ce sujet. Pour réfuter cette thèse, il faudrait réfuter toutes les sources et tous les arguments qui l’étayent. À titre d’exemple, démontrer que la gravité est plus faible dans l’espace n’invalide pas le phénomène de gravité terrestre.
  • Les remarques sur Dachau ne sont applicables qu’à Dachau en fait. Prétendre le contraire est de la malhonnêteté intellectuelle.
Logique négationniste - Notions d'Histoire.jpg
Visiblement, il faut revenir pour certains au niveau de la logique du collège. Je ne pensais pas que ce serait un jour le cas sur mon site.

En somme ?


L’argumentaire « château de carte » n’a de validité que dans l’esprit de ceux qui l’utilisent. De fait, il n’invalide rien.

C’est un argument rhétorique de type sophisme, visant à manipuler. Il ne suffit pas d’invalider une partie d’un discours pour en invalider l’intégralité.

Toutefois, cette approche est typique du négationnisme qui vise toujours le moindre effort. Il convient donc de connaître cet argumentaire pour y opposer son invalidité. On retrouve cette approche souvent doublée d’un homme de paille afin de se faciliter la démarche.

Il est à noter que cet argumentaire se retrouve fréquemment employée dans des domaines plus quotidiens que le négationnisme. Ainsi, l’homéopathie a tendance à baser sa défense de la sorte lorsqu’on lui oppose des études démontrant son inefficacité.

Plutôt que d’avoir une démarche tournée vers la démonstration – ce que l’homéopathie n’a toujours pas fait à ce jours – elle préfère chercher le point de détails qui décrédibilise les propos adverses. Logique.

Il est donc important de connaitre cette démarche, de savoir l’identifier car c’est souvent le signe d’une confrontation avec des propos de mauvaises fois et excessivement peu rigoureux.

L’autre point particulier dans notre cas de cette rhétorique, c’est qu’elle se fonde principalement sur la remise en cause des témoignages et de leur valeur, afin de pouvoir, par un effet de ricochet attaquer la thèse tout entière. Cette critique des témoignages et leur négation est particulièrement intéressante et ce sera l’objet de notre prochain point.

Nota bene : j’aurais bien voulu indiquer des lectures sur le sujet mais il s’agit d’un point qui tient plus de la logique et du sophisme pure que d’un quelconque rapport à l’Histoire. Le propos est invalide alors que l’auteur pense avoir réalisé une superbe critique constructive. Il n’y a pas grand-chose à dire hormis : repérez cet argumentaire et expliquez fermement que cela ne démontre rien. Cet article est là pour cela en cas de besoin. Toutefois, cela ne constitue qu’un élément de la rhétorique typique du négationnisme et je vous incite à aller consulter les autres à ce sujet : Les recettes des apprentis-négationnistes.


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