[Négationnisme 5] – Fuck le consensus !

Après tout ce que nous avons déjà vu sur le négationnisme, que reste-t-il à dire de plus ? En dépit de ce que l’on peut penser, ce sujet est des plus riches et il reste encore beaucoup à traiter.

Un point qui ne saute pas tout de suite aux yeux dans ce document de quelques pages est la remise en cause du consensus scientifique historique sur la question du génocide juif.

La chose n’est pas écrite directement mais le propos est présent tout du long, de manière subtile. C’est ce qui donne ce nom de « négationnisme ». Il ne s’agit pas seulement de nier le génocide juif. Il est aussi question de nier le consensus à ce sujet. Ce qui fait suite à une stratégie précise visant à remettre en cause ce consensus dans la pensée populaire afin de le discréditer.

Par ricochet, si le consensus est invalide, alors le génocide l’est tout autant.

A ce stade de la réflexion, deux questions émergent d’elles-mêmes :

  1. Qu’est-ce qu’un consensus scientifique ?
  2. Peut-on remettre en cause ce consensus ?

Je vais donc répondre à ces questions et éclairer quelques manipulations supplémentaires du négationnisme. Vous verrez, une fois encore, la malhonnêteté de ce mouvement. Ce avec quoi nous commençons à être habitué, somme toute.

consensus scientifique - Notions d'Histoire
Selon les négationnistes – mais aussi tout ceux qui rejettent les consensus scientifiques sur une question qui les tient à cœur -, voici ce qu’est un consensus scientifique.

Qu’est-ce qu’un consensus scientifique ?


On appelle consensus scientifique la position des scientifiques sur un sujet particulier. Les membres scientifiques établissant le consensus travaillent sur un domaine particulier en rapport avec la question posée. Ils sont donc plus compétents sur le sujet qu’une personne lambda qui aurait fait « ses propres recherches sur le net » selon la formule consacrée.

Le consensus nécessite que les scientifiques compétents sur la question donnée se mettent d’accord à une large majorité sur l’état de la question. Malgré ce que tend à penser le grand public, le consensus n’implique pas l’unanimité des scientifiques.

Bien que le consensus soit basé sur la méthode scientifique, il n’est pas à proprement parler un argument scientifique. En revanche, c’est l’argument qui a la plus haute valeur de preuve dans le domaine visé et en l’état actuel des connaissances dont on peut disposer.

En clair, le consensus scientifique c’est : sur cette question, avec la somme des connaissances dont on dispose, voilà ce dont on est certain. Le tout énoncé par la communauté scientifique.

Voilà pour ceux qui veulent une version simple et résumée :

Kézako : Sophisme

Peut-on remettre en cause le consensus ?


D’aucuns estiment qu’un consensus est immuable. Ils s’offusquent donc en conséquence de voir qu’il existe sur une question qui leur tient à cœur une réponse qui leur semble inacceptable.

Dans le cas du négationnisme, c’est assez évident. Les négationnistes s’efforcent allègrement de démonter le consensus à propos du génocide juif, allant même jusqu’à évoquer un complot à l’œuvre, dirigé par un lobby juif.

La faute au lobby juif - Notions d'Histoire
La meilleure explication dans tous les contextes. Succès garanti. Sauf pour votre crédibilité. Mais qui s’en soucie ?

On retrouve le même phénomène en ce qui concerne le consensus sur le réchauffement climatique anthropique ou la dangerosité du glyphosate : on accuse les scientifiques de mentir, de fausser les études dans un intérêt plus ou moins obscur.

Cependant, ces accusations sont assez révélatrices quant à la valeur du consensus et aux arguments de ces détracteurs.

Un consensus peut changer. Mais, pour que cela arrive, il faut des arguments excessivement solides, des démarches très rigoureuses suivant la méthode scientifique. Si le consensus dérange autant certains courants, c’est avant tout parce que les détracteurs sont bien incapables de produire une réflexion sérieuse amenant à un potentiel changement.

Un consensus peut en venir à être modifié, mais pas n’importe comment et pas pour un motif des plus légers. On demande ainsi au minimum :

  • de la rigueur.
  • le respect de la méthode scientifique.
  • une logique démontrée.

Ce qu’est bien en peine de produire le négationnisme qui préfère alors jouer sur des discours complotistes ou évoquer la censure de son propos par les sciences.

Ouinbulance pour un négationniste - Notions d'Histoire
En fait, les règles sont les mêmes pour tout le monde. Il ne faut pas s’étonner de voir des écrits bullshits être recalés.

C’est pour cela que cette idéologie cherche d’autres manières de faire changer le consensus. Mais il serait plus juste de dire qu’il s’agit « d’essayer de discréditer » ce consensus. On parle de phénomène sous le terme de dénialisme scientifique.

Comment le négationnisme s’y prend pour essayer de discréditer le consensus ?


Comme tout déni de science, le négationnisme suit des procédés très simple sous des formes complexes et plus ou moins subtiles :

  1. L’identification de complots : dans le cas du négationnisme historique, il s’agit du lobby juif qui se cumule au complot scientifique ou bien qui le crée et le manipule.
  2. Le recours à de faux experts ou à des personnalités douteuses établies comme des experts : dans notre cas, des pseudo-historiens bien souvent dont l’absence de rigueur dans la méthode ont été mis en avant. Ainsi que leurs mensonges. Ces personnalités sont notamment Robert Faurisson (et notamment sa pseudo-méthode d’analyse « Ajax »), Siegfried Verbeke, Vincent ReynouardPaul Rassinier pour les plus connus.
  3.  La sélectivité, aussi connue sous le nom de cherry-picking. Il s’agit simplement de faire sa « cueillette de cerises » en ne sélectionnant que les textes ou les portions de textes qui viennent dans notre sens afin de confirmer nos idées et propos, tout en rejetant tout ce qui pourrait les contredire. Nous en avons un excellent exemple dans le tract que j’ai reçu. C’est une totale absence de respect de la méthode scientifique, s’il fallait le préciser.
  4. La création d’attentes impossibles. C’est peut-être un peu plus compliqué mais il peut s’agir par exemple de demander à voir les corps des victimes des chambres à gaz. Sachant qu’il s’agissait d’une crémation pour les victimes, il n’y a donc pas de corps. Dire qu’on admettra qu’il y a bien eu un génocide quand on verra les corps est donc d’une malhonneteté sans nom.
  5. L’utilisation de réalités déformées ou de logiques fallacieuses. L’un des exemples qu’on m’a le plus opposé fut l’idée que les camps de concentrations étaient des camps de travaux forcés surtout victimes du typhus ce qui explique les morts juifs. Et qu’en aucun cas, il n’y aurait eu de génocide volontaire. Cela repose sur la présence d’épidémies de typhus durant cette période mais c’est une réalité déformée qui ne veut pas tenir compte de la présence de chambres à gaz. Dans le cas des logiques fallacieuses, on a notamment celle-ci : « Si on avait vraiment voulu exterminer les juifs, comment expliquez-vous qu’il y ait eu des survivants ? ». Je vous laisse réfléchir sur cette phrase, personnellement, les relents me donnent la nausée.
Mensonge négationnisme - Notions d'Histoire
C’est justement pour cela que le négationnisme est malhonnête et surtout pas crédible.

Savoir reconnaître ces éléments vous aidera à coup sûr à éviter les pièges du négationnisme et de d’autres courants tout aussi problématiques.

Pour finir ?


Si le négationnisme essaye autant de nier le consensus scientifique, c’est parce qu’il s’agit là du plus fort niveau de preuve en ce qui concerne le génocide juif. Or, le négationnisme étant dans l’impossibilité argumentative de faire varier ou remettre en cause ce consensus, il a choisi un autre angle d’attaque qui n’a rien de scientifique.

Se sachant incapable d’atteindre ses objectifs, le négationnisme use de mensonges, d’inventions, de calomnies afin d’entacher la valeur du consensus.

Dans les quelques pages que j’ai reçu, il s’agit simplement de montrer que les méthodes des scientifiques ne tiennent pas la route (à tort nous l’avons vu) tout en espérant fort fort fort que les lecteurs vont se dire que, dans ce cas, le consensus n’a pas de valeur, qu’il est tout aussi bancal.

Malheureusement, ce genre de choses survient très régulièrement et au quotidien. Il ne faut donc pas sous-estimer cette stratégie dénialiste au titre qu’elle serait ridicule. Cela ne l’empêche pas d’être dangereuse et il ne faut en aucun cas la sous-estimer.

C’est en attaquant le professionnalisme et l’intégrité des scientifiques de manière détournée que l’on essaye de jeter un discrédit sur les réponses que l’on ne souhaite pas voir. Dans le cas du négationnisme, on recourt à une idée déjà bien ancrée dans la société. L’expression du « lobby juif » est le recourt ultime pour discréditer ce consensus. Nous verrons prochainement de quoi il s’agit.

Quelques lectures complémentaires pour approfondir :


  • Sur la question du dénialisme scientifique dont le négationnisme emprunte la méthode, cette lecture vous permettra d’en savoir plus de manière très simple. C’est un must-have sur le sujet : Dossier – le dénialisme scientifique (ou négationnisme de la science).
  • Concernant la méthode de négation de la Shoah, je recommande de faire un tour sur la page Wiki dédiée : tout y est très bien expliqué et on y retrouve particulièrement la présence des mensonges en exemple du rejet de la méthode scientifique.
  • Le Négationnisme sur Internet, Genèse, stratégies, antidotes. Par Gilles Karmasyn,
    en collaboration avec Gérard Panczer et Michel Fingerhut, Revue d’histoire de la Shoah, no 170, sept-déc. 2000. Il s’agit d’un écrit qui permet de compléter cet article et de voir comment le négationnisme développe ses stratégies et s’adapte.

  • Bonus : A côté du négationnisme qui rejette le consensus, il y a quelques autres soucis avec le consensus historique et je pense que vous en reconnaitrez certains dans ce billet.

Vous voulez me soutenir dans mes efforts, vous pouvez me faire un don sur Tipeee ou regarder une vidéo pour m’aider.


 

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