Vulgariseur et vulgarisé : comment assurer le dialogue ?

D’un côté les tenants, de l’autre la communauté sceptique. Simple, binaire, efficace. Mais derrière cette opposition se cachent bien des problèmes, dont la plupart ne tiennent pas vraiment du fait de la science. En faute, la communication. Pourquoi a-t-on autant de mal à communiquer, à dialoguer avec le camp opposé ? Comment y remédier ?

Un dialogue impossible ou du moins très difficile entre les deux parties et c’en est fait. Les arguments rebondissent, les mentalités se ferment et la charge émotionnelle augmente dramatiquement, parfois jusqu’au point de rupture.

Si les tenants de certaines théories populaires (Terre plate, adeptes de la pensée conspirationniste, homéopathie, antivaxx, dangerosité du glyphosate) sont les champions dans le domaine et de très loin, la communauté sceptique n’est pourtant pas aussi irréprochable qu’elle le voudrait.

D’une histoire de paille et de poutre surgira un « Source ? », sorte d’accusation et de pirouette pour clore la discussion, comme si le sophisme et la rhétorique ne pouvaient exister qu’ailleurs que chez nous. Bien souvent également l’apport et la connaissance des sciences se confondent avec une croyance en la science, ce qui n’a rien à voir.

Le débat tourne alors plus à la confrontation des opinions et des croyances dans une version moderne des débats des guerres de religion.

Parce que certains ont oublié – sceptiques ou vulgarisateurs – que biais et sophismes sont toujours actifs à l’intérieur de notre cerveau, même si on les connaît.

Parce que d’autres ont perdu de vu l’esprit critique, l’argumentation, la démonstration et la bienveillance au profit du biais du correcteur et de la posture d’autorité allant même jusqu’à verser dans l’agressivité qu’ils reprochent.

intro - dialogue - notions d'histoire

En chaque mouvement, il y a des dérives certes mais c’est bien lorsqu’on en prend conscience que l’on peut les circonscrire. Pourquoi donc a-t-on autant de mal à dialoguer, qu’on soit vulgarisateur (ou « adepte de l’esprit critique) ou vulgarisé ?

C’est, semble-t-il, un problème de posture plus qu’un souci propre au contenu échangé. Il suffirait alors de changer notre posture dans les échanges pour réassurer la possibilité d’un dialogue.

Nota bene : J’entends par « vulgarisateur » le rôle que l’on peut prendre lorsqu’on dispose de plus de connaissances sur un sujet et que l’on se trouve dans une posture de transmission. Tout autant que je veux parler de véritables vulgarisateurs.

Quant à la figure du « vulgarisé », comprendre qu’il s’agit de celui qui reçoit dans l’échange, qui a posé une question ou bien qui est venu enrichir ses connaissances. Bien que le terme puisse être mal pris, il n’y a pas de valeur de jugement en celui-ci. Il ne s’agit que de regrouper sous un terme les lecteurs d’articles, ceux qui visionnent des vidéos, ceux qui dialoguent, participent à des conférences, etc. Si vous trouvez un meilleur terme, proposez !

Du côté vulgarisateur : ça donne quoi ?


Avant toute autre chose, je vous recommande cet article sur le sujet du fameux – ou fumeux selon les sensibilités – Acermendax de la Tronche en Biais. En cinq points, il nous donne une conception simple et claire de ce en quoi consiste le rôle d’un vulgarisateur.

On peut en débattre bien évidement et c’est aussi le but. Cela dit, sans surprise je partage le point de vue exprimé. Je ne vais donc pas reprendre et paraphraser son propos. En revanche j’ajouterai quelques points qui sont, à mon sens, importants.

La finition du propos.

Premier point important selon moi, être ferme et éviter la confusion avec un paillasson.

S’il n’est pas simple de dire à quelqu’un qu’il se trompe, il convient toutefois de le souligner. Dans l’intérêt de tout le monde. Être gentil et agréable ne signifie pas devoir tout laisser passer pour autant. Cela ne doit pas justifier un laisser-faire.

Trop gentil - Notions d'Histoire

Pas de pitié pour la pseudo-science dès lors que celle-ci s’expose. Y compris lorsqu’on nous sert l’argument du « cela ne fait de mal à personne. » Au passage si, cela fait du mal justement. En voici un exemple parmi tant d’autres.

Pareillement, ce n’est pas parce qu’on se trouve dans un mouvement qui prône de bonnes valeurs que les dérives n’existent pas, ainsi que les erreurs. Il convient de le souligner.

De même que certains ont trop tendance à laisser s’exprimer certains propos discriminants ou haineux parce qu’ils ne veulent pas s’impliquer. Il faut savoir que ne rien faire, c’est laisser le terrain favorable aux idées dangereuses.

Garder un esprit ouvert.

Le second point sur lequel je voudrais insister est l’ouverture d’esprit et la prise de recul. Continuer de s’interroger me semble un incontournable. Pourtant, il arrive trop souvent  que l’on se bloque et que l’on campe sur nos positions.

Libre à chacun d’avoir une opinion tant qu’on ne l’érige pas en vérité et qu’on garde à l’esprit que ce n’est qu’une opinion. Si certains points sont soumis aux débats et à la polémique, c’est bien parce qu’il y a une difficulté quant à poser un jugement définitif.

Cela nécessite donc de rester ouvert, dans une posture interrogative et non dans une posture proche du dogmatisme.

De plus, nul n’est à l’abri d’une erreur donc il faut accepter qu’on puisse se tromper et questionner ses propres croyances. Garder à l’esprit qu’on peut être faillible permet de conserver une certaine humilité.

Décompresser.

Autre point majeur à mon avis. Qu’il s’agisse de péter un coup, prendre un bain, aller taper sur un sac ou buter de l’alien à coup de fusil à pompe, trouvez un moyen de décharger le surplus émotionnel.

Les réseaux sociaux et les débats peuvent être des fosses à purin dès lorsque l’on traite de certains sujets polémiques. Je pense dans une large part aux discussions ayant trait aux féminismes.

On a tendance à s’attacher excessivement à certains sujets ce qui nous conduit à une tendance à s’écharper et à se bloquer massivement sur les réseaux. Les vulgarisateurs ne font pas exception. En ce sens ils sont humains.

décompressez ! - notions d'histoire
Toute connotation secondaire n’est que le fruit d’un hasard fortuit ou de votre imagination perverse.

Ce conseil – qui s’applique aussi à moi-même -, c’est de trouver une manière de dédramatiser. On appartient au même camp, on est dans la même groupe alors tâchons au moins d’essayer de lâcher toute la pression qui nous fait nous emporter. Et privilégions le dialogue autant que possible. Car plus on se tire dessus et plus on perd de vu les véritables antagonistes de la vulgarisation.

Ne vous comportez pas comme un connard.

Denier point – peut-être le plus essentiel – et pour le coup, il s’agit d’une demande directe à certains vulgarisateurs, passeurs de science et sceptiques : n’agissez pas comme un trou du cul.

Toute critique formulée à votre encontre n’est pas une attaque gratuite et mesquine à votre sujet.

Trump fake-news - Notions d'Histoire
Techniquement, évitez cela. Et de traiter votre intervenant de troll ou de je-ne-sais-quoi comme mot fleuri sur la simple base qu’il n’est pas d’accord avec vous.

Ce n’est pas non plus parce que vous estimez être du bon côté de la barrière que cela justifie de facto vos paroles et vos actes. Par exemple, il ne s’agit pas de dire que vous luttez contre les discriminations pour que magiquement, tous vos actes soient exempts de discrimination.

On peut discuter sans tomber dans le procès d’intention et surtout, surtout, le poids de vos propos et de vos actes vous incombe moralement, et non au mouvement auquel vous vous rattachez.

Nul besoin de censurer les commentaires quand vous recevez une remarque d’erreur. De même, ce n’est pas à vous de juger si votre interlocuteur a le droit de répondre ou non sur la base de préjugés ou de ce que vous imaginez.

Anecdote personnelle : j’ai été bloqué par une personne car elle estimait mes remarques indignes d’intérêt pour deux raisons. La première étant que toute personne qui critique est forcément un troll ou un envieux. Cette personne est incapable d’accepter la critique et tombe facilement dans une posture agressive qui nuit au dialogue.

La seconde raison, c’est que cette personne estimait mes remarques indignes car selon elle je n’appartenais pas à « l’équipe zététique » – quoi que cela signifie -. La chose est assez drôle quand on y pense puisqu’il s’agit déjà d’un procès d’intentions totalement gratuit doublé d’un joli biais d’appartenance.

De plus, il ne faut pas juger seulement sur ce qui transparaît en public sur les réseaux. Certains seraient très surpris d’apprendre que tout n’est pas public, que tout le monde ne se vante pas de ses relations pour se faire mousser et asseoir une position d’autorité, préférant la qualité des arguments.

Conclusion : ne vous comportez pas comme un connard. A fortiori quand vous révoquez des propos « sans valeurs » sur la base d’un jugement subjectif de la personne. Se retrouver à affirmer, comme quelqu’un me l’a dit un jour, « C’est de la merde tes propos » alors qu’il s’agit des propos de Popper, l’un des piliers de la méthode scientifique, ça la fout mal pour la crédibilité.

Du côté vulgarisé


La vulgarisation, c’est un peu comme le sexe. Pour que ce soit agréable, il faut faire preuve d’ouverture et aller vers l’autre. Et parfois, il faut sortir les doigts.

Voilà ce qu’on pourrait tout simplement écrire pour résumer cette partie. Mais, pour mieux me faire comprendre, voici les détails pas-à-pas.

Mettez-vous dans de bonnes conditions.

Placez-vous dans une posture ouverte réflexivement et pour cela, quelques conseils :

  • Acceptez d’être remis en cause, mettez de côté vos pré-conceptions sur le sujet et suspendez vos croyances.
  • Mettez-vous dans une posture favorable à la réception du propos. Ne le rejetez pas d’emblée.
  • Ayez la volonté de comprendre. Parfois les propos peuvent être maladroits mais vous verrez que écrits ou paroles, votre posture change radicalement la donne.

Cela favorise la bonne réception des propos et c’est franchement pas du luxe dans certaines conditions. Ce n’est pas très compliqué et cela peut tout changer.

Ne vous comportez pas n’importe comment, restez humain.

Si vous pensez avoir de grands airs en parlant, prenez garde qu’on ne prenne cela pour des flatulences.

Tourner sept fois son commentaire dans sa tête avant de l’ouvrir est une bonne chose. Ne pas insulter, ne pas injurier, ne pas agresser plus ou moins subtilement la personne et ne pas faire de remarques crasses sur le physique.

Gardez à l’esprit que la personne a passé un bon moment  à travailler pour vous fournir ce contenu alors vous pouvez sûrement prendre un moment pour ne pas oublier le respect et la politesse.

Conseil bonus : Quand, suite à une vidéo de 15 minutes ou à un article de plus de 2K mots, vous posez un commentaire qui est en substance : « Tu te TROMP lol », on a juste envie de vous retourner la face à coup de clavier. Alors faites un minimum l’effort d’argument pour que nous aussi on puisse jouer.

Acceptez l’erreur, ne vous y confortez pas.

Le vulgarisateur en sait normalement plus que vous. Il a travaillé son sujet et s’il est vraiment bon, il a sourcé son propos. Si le contenu vous fait comprendre que vous vous êtes trompé, acceptez votre erreur et travaillez dessus.

Erreur - Notions d'Histoire
En vrai, tout le monde se trompe et tout le monde s’en fout à partir du moment où vous corrigez vos erreurs.

On ne vous en veut pas, vous n’allez mourir. Au pire, on peut en rire ensemble. Moi aussi j’ai cru que les petits pois étaient des légumes ou que les tortues étaient des amphibiens. J’ai même cru que les mammifères ne pondaient pas d’oeufs.

Jusqu’à preuve du contraire, je n’en suis pas mort. C’est en se trompant qu’on apprend, c’est humain.

Des personnes peuvent en savoir plus que vous, que ce soit sur un sujet ou en particulier. Deal with it.

Si vous vous offensez et passez à l’attaque parce que la personne en face de vous a des connaissances, vous n’avez pas fini d’en vouloir au monde entier.

En plus si vous prenez le temps d’y penser, la personne est en train de partager avec vous ses connaissances, vous rendant ainsi privilégié et digne d’intérêt. Franchement, ce n’est pas beau cela ? Alors pourquoi s’offusquer ?

On ne vous en veut pas - Notions d'Histoire

Soyez actif et devenez acteur de votre propre démarche.

J’entends par là la même chose que lorsque vous suivez pour la première fois un tuto make-up ou coiffure. Si vous ne parvenez pas à distinguer le shampooing du soin ou le baume démêlant de l’après-shampooing, ne menacez pas l’auteur. Allez plutôt acquérir les bases.

Certains sujets nécessitent un certain bagage, d’autres de pré-requis réflexifs avant de se lancer dessus. Alors prenez le temps d’obtenir les bases. renseignez-vous sur le sens des mots et pas juste sur celui que vous lui accordez.

La Science vous intéresse ? Comprenez la démarche scientifique, faites quelques recherches sur la philosophie des sciences, pourquoi on distingue Sciences humaines et Sciences dures. Les vulgarisateurs sont là pour rendre la Science accessible mais cela suppose que vous alliez à sa rencontre également.

Improvise - adapt - overcome - Notions d'Histoire

Sortez-vous les doigts du confort intellectuel.

La formule peut choquer mais elle résume totalement le fond de ce point. Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Paradoxalement, il en est aussi certains qui ne veulent pas voir leur vision des choses chamboulée. Pas sûr que vivre dans une illusion qu’on s’inflige soit positif.

EBBH - Notions d'Histoire
Merci à Evidence Based Bonne Humeur pour m’avoir permis d’utiliser cette image qui est pour moi la meilleure illustration du problème évoqué.

Il y a toujours quelque chose à apprendre, quelque chose à découvrir et cela modifiera sans cesse votre vision d monde. Alors autant partir à la découverte non ? À la fin, vous en sortirez plus riche vous ne croyez pas ?

Si vous connaissez la métaphore du bateau qui reste au port, c’est exactement ce dont il s’agit. Certes le bateau est en sécurité tant qu’il reste au port. Cependant, il stagne et il n’a pas été fait pour cela.

On trouve toujours plus de points positifs dans l’évolution et la découverte. Libre à vous de prendre tout le temps que vous estimerez nécessaire pour vous faire à une nouvelle idée. Personne ne vous en voudra pour ça, jamais.

En somme ?


La vulgarisation est un échange. Bien qu’on soit souvent enclin à l’oublier, nous devrions faire des efforts des deux côtés pour instaurer cet échange. Et comme établir cet échange ne suffit pas, il faut s’assurer de le faciliter autant que possible.

De là, la raison de ces quelques remarques qui je l’espère pourront en aider certains. Il ne s’agit pas de dire quoi faire sur un ton d’autorité mais d’inviter à une réflexion sur ce sujet.

Bien que j’ai eu une forte envie de diviser cet article en deux sous-articles, cela serait revenu à opposer trop fortement vulgarisateurs et vulgarisés alors que je voudrais insister sur l’union des deux. De plus, je pense vraiment que chaque partie devrait de se placer dans le rôle dont il n’a pas l’habitude, ne serait que pour se remettre certaines idées en place.

La division en deux parties est ainsi faite afin de faciliter la lecture de l’article. Il convient de garder en tête que certaines critiques à propos d’une position peuvent tout à fait s’appliquer à l’autre. Le clivage n’est donc présent que dans un soucis d’organisation du propos. Malgré la différenciation pour la simplicité de la lecture, certains traits peuvent être commun au deux mais il ma fallu faire un choix.

C’est par exemple le cas d’un phénomène que je ne saurais classer dans aucune des deux parties tellement il est universel : l’effet dunning-kruger mérite d’être connu et pris en compte. Qu’on soit tenant, vulgarisateur, vulgarisé, on ne saurait y échapper et c’est la raison pour laquelle, avant de tenir des propos sur un domaine, il faudrait déjà s’assurer d’être compétent pour pouvoir en parler. Ce qui est trop souvent oublié.

Certains vulgarisateurs ont par exemple tendance à tenir des propos sur les sciences humaines sans en avoir acquis ne serait-ce que la méthode. Comment est-il possible de dialoguer dans ce cas ?

J’ai bien sûr conscience que cet article me mettra probablement à dos une partie des vulgarisateurs, sceptiques et des tenants de divers horizons qui trouveront certainement matière à critique. Cependant, j’espère que ces quelques éléments sauront assurer une réflexion qui s’avère plus que nécessaire dans le contexte actuel. Réflexion qui, je le souhaite, aboutira à de meilleurs dialogues.

Et comme cet article se veut sous le thème du dialogue, je vous invite à me dire si vous êtes d’accord, pas d’accord et surtout pourquoi en argumentant, en commentaires.


Si cet article vous a plu, n’hésitez pas soutenir mon travail sur Tipeee.


Quelques lectures sur le sujet :


  • Concernant la notion de pacifisme et ce qui s’y rapporte, je vous recommande cette lecture sur les paradoxes et réflexions sur la notion de pacifisme. Je conseille également cette lecture : Aristophane : le discours pacifiste militant et ses limites. Il s’agit d’une réflexion sur le rôle de la guerre, du conflit et des limites de la démocratie. Une lecture intéressante dès lors que l’on doit s’opposer à des idées ou des personnes ; le contexte est suffisamment éloigné de nous pour que la charge émotionnelle soit absente.
  • Pour les vulgarisateurs écoutez, réécoutez sans cesse Phil Plait : Ne soyez pas un enfoiré (Don’t be a dick). Il y a matière à revoir son comportement ainsi qu’à revoir son ouverture d’esprit.
  • A propos de l’ouverture d’esprit, un classique tour sur le wiki pour saisir ce que c’est, pourquoi ce n’est pas du relativisme et pourquoi c’est difficile. Quand à la notion d’ouverture d’esprit dans le domaine de l’esprit critique et du scepticisme, on pourra lire cet article de charlatans.info. Très intéressant en ce qui concerne le pseudo esprit ouvert des pseudo-sciences.
  • Concernant l’idée de dogmatisme en vulgarisation, ce billet du Scilogs pose des bases intéressantes, distinguant des formes de vulgarisation. Cet autre article traite notamment de la manière dont « le discours de vulgarisation scientifique participe de la reconduction d’attitudes dogmatiques prétendument fondées en raison. » En parallèle et pour compléter, on pourra s’intéresser à l‘accusation fréquente de scientisme adressé à certains d’entres-nous.
  • J’ai parlé d’acquérir les bagages qui peuvent nous faire défaut. Pour les sciences (humaines et « dures »), il s’agira surtout de saisir la méthode scientifique. Ceci devra aider ceux qui s’interrogent à ce sujet. Et ceci permettra de compléter.
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8 réflexions sur “Vulgariseur et vulgarisé : comment assurer le dialogue ?

  1. La Nébuleuse 31 janvier 2019 / 14 h 05 min

    Hello ! J’ai bien aimé ton article qui pointe certains soucis dans la communication sceptique, mais je pense qu’il gagnerait à préciser encore un peu plus à préciser à quelles situations cela s’applique et auxquelles il s’applique moins. Je précise mon propos : là j’ai le sentiment que tu évoques surtout les interactions dans lesquelles un des deux, le vulgarisateur, produit du contenu, est détenteur d’une forme de connaissance et d’expertise sur un sujet, tandis que l’autre est dans une situation de « consommation » du contenu et fait éventuellement des commentaires. Mais comme tu le soulignais au départ, tous les sceptiques déclarés ne sont pas des experts des domaines qu’ils évoquent, et toutes les interactions tenants-sceptiques ne se font donc pas dans un contexte d’interaction entre un vulgarisateur et un vulgarisé… Dans de nombreux échanges, on a un sceptique qui est essentiellement un amateur de zététique et qui a une culture personnelle de ces sujets, mais qui fait surtout confiance à d’autres pour asseoir ses opinions sur des questions scientifiques, en gros qui est « éclairé » sur certains sujets dans une certaine mesure, mais pas expert. Et en face on peut avoir des personnes qui ne sont peut-être pas aussi curieuses ou aussi informées sur les aspects purement scientifiques mais qui ont autre chose à apporter à la discussion : une expérience humaine parfois difficile, une relation compliquée avec les médecins ou des institutions médicales, etc. Malheureusement, cet apport est souvent négligé et ces personnes sont considérées comme étant uniquement en position de devoir recevoir (et alors on s’agace lorsqu’elles ne veulent pas rester dans cette position quand bien même l’interlocuteur n’est finalement pas tellement plus compétent… ).

    La distinction entre ces situations est déjà un peu présente dans l’article mais je ressens à titre personnel une ambiguïté qui persiste et qui est accentuée par le vocabulaire vulgarisateur/vulgarisé. Ou alors il faudrait lui faire une suite 🙂 ?

    Merci à toi, passe une bonne fin de journée

    Aimé par 1 personne

    • Ardes 1 février 2019 / 13 h 13 min

      Salut !

      Je ne suis pas certains d’avoir bien saisi tout ce que tu vouais dire alors je vais essayer de résumer dans un premier temps :
      – j’évoque une situation descendante de l’information avec une partie active et un partie « consommatrice » => Oui, car il s’agit de la situation la plus présente. Il suffit de voir l’importance de ce qu’on appelle « la majorité silencieuse » pour constater qu’il y a une véritable consommation plus qu’un véritable dialogue.
      Cependant, je voulais parler aussi des interactions entre vulgarisateurs (au sens strict ici) que l’on peut voir sur les réseaux et où le dialogue tend à être très compliqué, voir impossible. Je pense que tu sais de quoi je parle. C’est pourquoi j’ai insisté dans un sous-point sur le fait de devenir acteur et d’aller à la rencontre de la science, des connaissances qui nous font défauts.

      – les échanges avec des amateurs sceptiques, ceux qui sont éclairés sans être experts. => Je ne suis pas certains d’avoir compris pourquoi tu évoques cela. Où veux-tu en venir ?

      – L’apport de la discussion humaine => Là, je pense qu’il faut en revenir au point sur la « finition du propos » et s’en tenir à une posture ferme pour rappeller qu’une expérience personnelle n’en fait pas une loi et qu’on ne doit pas généraliser à partir d’un cas unique. Est-ce que cela veut dire qu’il ne faut pas tenir compte de l’appor humain à la discussion ? Non, mais qu’il faut expliquer à la personne que cela n’a pas beaucoup de valeur dans les discussions à teneur scientifique. L’expérience humaine peut être très intéressante et je pense qu’il faut en tenir compte (notamment en communication avec les retours) mais il faut savoir faire la part des choses et éviter le point anecdote si classique.

      – le problème de la compétence de l’interlocuteur => qu’il soit vulgarisateur ou vulgarisé, c’est un problème qui me dérange. Si on n’est pas compétent, on la boucle ou alors on le dit. Pour moi, il n’a pas d’autres possibilités. Je n’hésite pas à dire que je ne suis pas compétent dans ce domaine lorsqu’il le faut. Cela ne m’a jamais tué jusqu’ici et la personne ne l’a pas mal pris. Je préfère orienter vers des lectures sur le sujet ou des personnes qui s’y connaissent dans ce cas. Mais à mon sens, on touche surtout au problème de l’effet Dunning-Kruger dont j’ai parlé en conclusion. A titre personnel, certains vulgarisateurs se sont permis des jugements et propos sur les Sciences Humaines alors qu’ils n’avaient aucune compétence dans ce domaine. Pourtant, impossible de dialoguer.
      Maintenant, comment faire pour que les gens ne surévaluent pas leurs compétences ? Des idées ?

      Faire une suite ? Clairement, j’y ai pensé. Parler de l’épistémique ? Aborder la maïeutique ? Que faudrait-il aborder selon toi ?

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      • La Nébuleuse 4 février 2019 / 18 h 19 min

        Je voulais dire déjà que de mon point de vue ce n’est pas si évident que tu parles d’une situation où le vulgarisateur produit du contenu, est identifié, on a une idée de sa compétence etc. On peut avoir l’impression que le texte s’applique à n’importe quelle interaction entre un sceptique et une personne lambda, or y’a plein de cas où des sceptiques revendiqués sont finalement pas si compétents, c’est ce que je voulais souligner (pas si compétents, mais se pensant quand-même dans la position du « vulgarisateur », ce qui n’est pas sans poser quelques soucis). Je suis pas sûre que l’interaction descendante soit la plus présente, ça c’est le cas sur un blog ou youtube, et j’ai bien compris que tu parlais de ça, mais je voulais juste signaler que j’avais mis un moment avant d’en être sûre à la lecture de l’article 🙂 Je te rejoins complètement concernant les interactions entre vulgarisateurs, après comment combattre l’illusion de compétence… c’est un peu se demander comment inciter les gens à être plus modeste, et j’ai du mal à voir comment. Le fait d’avoir une petite communauté en ligne qui t’écoute et boit tes paroles n’aide pas franchement… Je crois qu’il faut continuer le dialogue avec les personnes qui sont un minimum ouvertes à l’échange et susceptibles de se remettre en question, et laisser un peu tomber avec les autres. Dans le meilleur des cas, les premières peuvent être convaincues et être un relais pour la suite.

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      • Ardes 6 février 2019 / 19 h 05 min

        C’est pour cela que j’ai fait un NB sur ce que j’entendais dans le terme de vulgarisateur, de sorte à ce que l’on garde en tête qu’il s’agit autant de discussion entre sceptiques que d’échanges entre vulgarisateurs et publiques.

        Le soucis de la compétence est un autre problème que je n’ai pas voulu aborder spécifiquement. Je pense que nous sommes d’accord pour dire que certains se disent vulgarisateurs sans forcément avoir de quoi le faire. Cf l’anecdote dans l’article sur Popper.

        Que peut-on faire contre cela ? Je pense qu’il y a un devoir ici de contradiction. Faire comprendre à la personne les erreurs véhiculées, souligner une surestimation de ses compétences. Je ne saurais quoi faire d’autres. Pour autant, est-ce suffisant ? Je ne sais pas.

        Je pense – et tu le soulignes aussi – qu’il faut continuellement rechercher le dialogue et aller se confronter aux propos des autres. Ce n’est pourtant pas si simple car comme je l’ai dit par écrit ici, pour certains, recevoir une contradiction n’est perçue que comme une agression. Je pense qu’il faut travailler sur la communication des deux parties et c’est la raison de cet article.

        Je pense qu’il y aura beaucoup à dire encore mais je cherche des contributeurs pour la suite. Si jamais …

        Aimé par 1 personne

      • La Nébuleuse 7 février 2019 / 11 h 14 min

        Je pense que s’en entretenir avec des personnes plus calées en communication serait très intéressant ! Moi j’ai ma propre analyse là dessus mais elle est limitée, et susceptible d’évoluer

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  2. Aurélien Mattiussi 2 février 2019 / 2 h 22 min

    Dans les conseils en fin d’article, il y a un renvoi vers la fameuse intervention « Don’t be a dick » invitant les sceptiques à la courtoisie et le respect de l’autre. Je me permets ici de signaler que cette approche n’est pas toujours nécessairement la plus pertinente, surtout dans un débat public. C’est par exemple remis en question dans cette vidéo, par Richard Dawkins (le biologiste ayant beaucoup lutté contre le créationnisme) et Matt Dillahunty (Animateur principal du show américain « The atheist experience » où il discute avec des croyants souvent fondamentalistes qui appellent librement l’émission) :


    Pour ceux qui n’entravent pas l’anglais, l’idée est que lorsque l’on échange dans un espace public (commentaire youtube, conférence publique, émission de télé etc.) on discute parfois avec des tenants particulièrement investis, qui n’accepteront pas le deal cognitif consistant à abandonner leurs croyances après tout ce temps passé à les consolider (c’est le principe de l’escalade d’engagement). Il peut également s’agir d’authentiques charlatans, qui font de l’argent avec ces idées dont ils savent qu’elles ne valent rien. Que l’on soit extrêmement respectueux avec eux, ou au contraire, d’une agressivité sans bornes, le résultat sera le même. L’enjeu n’est alors pas du tout de convaincre ou non notre interlocuteur, mais d’avoir l’effet le plus positif sur les lecteurs/spectateurs/auditeurs.
    Et dans ce contexte, détruire impitoyablement les idées de l’interlocuteur sans aucun ménagement, si ses idées sont extrêmes et particulièrement grotesques et au risque de l’humilier (et donc d’être sois même un peu « a dick ») peut être une démarche bien plus fructueuse. L’auditeur un peu tenant a vu ses idées totalement humiliées, sans avoir eu à souffrir d’être lui même humilié publiquement, ce qui peut entraîner dans l’intimité un processus de remise en question, tout en évitant le repli sur soi que l’on obtient en attaquant publiquement les gens. Par corollaire, montrer beaucoup trop de déférence pour des idées incroyablement néfastes, les aborder avec un esprit trop chevaleresque, pourra donner une crédibilité totalement indue auxdites idées, apparaissant comme des idées respectables dans l’immense éventail des idées.
    Un exemple concret, imaginez une émission en prime time sur France 2 ou l’on discute de la validité ou de la non-validité du négationnisme (de la solution finale), où tout le monde est souriant, bien habillé, ou tout le monde est détendu, où les interlocuteurs se respectent et ont le même temps de parole, donnant l’impression que tout le monde est amis en dehors du plateau. Même si toutes les bonnes raisons intellectuelles vont contre le négationnisme au cours de cet échange, il ne fait aucun doute que cela donnerait une image « légitime » au négationnisme, le faisant passer pour une idée comme une autre, peut-être fausse, mais tout à fait envisageable, au lieu de l’indécent et puant concept qu’il est.
    Bref, même si « Don’t be a dick » reste un très bon conseil, il faut, je pense, lui adjoindre un certain nombre d’Addenda.
    Bisous !

    Aimé par 1 personne

    • Ardes 2 février 2019 / 11 h 13 min

      Un gros merci pour ton commentaire et pour le petit topo explicatif ! Je suis sûr que cela en intéressera plus d’un !

      Je trouve que c’est un excellent complément à mon point sur le « Don’t be a dick » mais aussi un très bon exemple de ce que je disais dans le point sur la finition et la nécessité d’être ferme.

      Il est très intéressant de voir qu’il faut aussi prendre en compte les impressions que l’on donne dans certains cas et qu’il faut savoir se montrer intôlérant face à l’extrémisme.

      Ton propos me parle d’autant plus que je suis en plein travail sur un cas de négationnisme depuis novembre dernier.

      Encore merci d’avoir pris le temps d’intervenir ! 😀

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